En bref
Le consommable revient à moins d'un euro par pose. Ton prix n'a donc rien à voir avec ton coût de revient : il paye ton geste, ton temps et ta responsabilité. Le marché français se tient entre 20 et 40 € la pose simple. Démarrer en dessous est l'erreur la plus difficile à rattraper du métier, et les chiffres le montrent.
Le coût de revient ne sert à rien ici
Faisons le calcul honnêtement, une fois la lampe amortie :
| Poste | Coût par pose |
|---|---|
| Cristal SS5 | ~0,12 € |
| Composite | ~0,50 € |
| Primer | ~0,25 € |
| Consommables usage unique | ~0,30 € |
| Total matière | ~1,17 € |
Si tu fixais ton prix sur ton coût de revient avec une marge classique de commerce, tu facturerais quatre euros. Personne ne fait ça, et personne ne devrait.
Ce que ta cliente achète n'est pas 1,17 € de matière. C'est le fait que sa dent ne sera pas abîmée, que le bijou tiendra un an, que quelqu'un a regardé son occlusion avant de coller, et qu'elle a un interlocuteur si ça se décolle dans trois semaines. C'est un service, pas un produit.
Le vrai calcul : le temps
Compte ce qui se passe réellement autour d'une pose à 20 € :
- Échange préalable, choix de la teinte et du placement : 10 min
- Préparation du poste, isolation, séchage : 5 min
- Pose et polymérisation : 10 min
- Contrôle d'occlusion, polissage, conseils d'entretien : 5 min
- Nettoyage et stérilisation du poste : 10 min
40 minutes de bout en bout, dont 20 seulement en contact avec la dent. Sur une pose à 20 €, ça fait 30 € de l'heure brute, avant charges sociales, avant loyer si tu as un local, avant le temps non facturé de réponse aux messages Instagram.
À 10 € la pose, tu es à 15 € de l'heure brute. Après charges de micro-entreprise, tu passes sous le SMIC horaire net, pour un métier où tu engages ta responsabilité sur le corps de quelqu'un.
Ce que le marché pratique
Sur le marché français, une pose de pierre unique se situe couramment entre 20 et 40 €, avec des écarts qui suivent la ville et le positionnement plutôt que la qualité. Les compositions multi-pierres montent de 40 à 80 €. Les matériaux alternatifs, zirconium, or, diamant, sortent complètement de cette grille.
Notre propre grille est publique, et elle démarre à 20 €. On l'affiche parce qu'un prix caché fait fuir plus de clientes qu'un prix élevé.
L'avantage que tu ne calcules pas
Si tu es en micro-entreprise sous le régime de la franchise en base, tu ne factures pas de TVA. Ton prix affiché est ton prix encaissé.
Une concurrente assujettie qui affiche 24 € n'en garde que 20 : les 4 € restants partent à l'État. Toi, à 24 € affichés, tu gardes 24 €.
Traduit autrement : à prix affiché identique, tu as une marge structurelle supérieure d'environ 17 % tant que tu restes sous le seuil de 37 500 € de prestations. C'est un avantage réel, et il disparaît le jour où tu franchis le seuil, anticipe ce moment, il change ta grille du jour au lendemain.
Pourquoi démarrer bas est un piège
L'argument paraît solide : « je casse les prix, je me fais un portefeuille, je remonte ensuite. »
Il ne marche pas, pour une raison simple. Une clientèle acquise sur le prix est une clientèle qui part au prix. Le jour où tu passes de 10 à 25 €, tu ne montes pas ta grille : tu changes de clientèle, après avoir travaillé un an à perte pour constituer la mauvaise.
Et il y a pire. Un prix bas est lu comme un signal de qualité basse sur un acte perçu comme touchant à la santé. Une pose à 8 € sur une dent inquiète plus qu'elle n'attire. Ce n'est pas une intuition marketing, c'est ce que disent les clientes qui hésitent.
L'alternative qui marche : garde ta grille, et offre. Cinq poses gratuites à des personnes visibles et bien entourées te construisent le même portefeuille, sans jamais afficher un prix que tu devras renier.
Trois repères pour construire ta grille
- Un plancher tenable. Calcule ton temps réel de bout en bout, pas le temps de pose. Multiplie par un taux horaire que tu accepterais en salariat.
- Un palier clair entre simple et composition. La composition prend deux à trois fois plus de temps ; elle doit se payer en conséquence, pas +10 €.
- Un tarif de reprise. Une pierre qui se décolle dans les quinze jours, tu la reposes gratuitement, c'est ton assurance réputation. Au-delà, c'est une nouvelle pose, et ça se dit à l'avance, pas au moment du litige.
Le chiffre qui compte vraiment
Pas le prix unitaire : le nombre de poses par mois. À 20 €, il faut environ 95 poses mensuelles pour approcher le seuil de franchise annuel de 37 500 €. C'est beaucoup, et c'est le vrai plafond du métier en solo.
C'est aussi pour ça que les poseuses installées ajoutent presque toutes une seconde source : la formation, ou la revente de matériel. Le temps de pose ne se duplique pas ; le reste, si.
