En bref
Se lancer demande quatre choses : un statut déclaré, une qualification défendable, du matériel tracé et une assurance. Aucune n'est un diplôme d'État, la pose de bijou dentaire n'est pas un acte médical. Mais l'absence de cadre spécifique ne veut pas dire absence de règles, et deux points restent juridiquement discutés en France. On les nomme plutôt que de les contourner.
Ce que le métier est, juridiquement
Un strass dentaire est un bijou cosmétique collé en surface de l'émail. Pas de perçage, pas de fraisage, pas d'effraction. La dent n'est pas modifiée : le jour où le bijou tombe ou est déposé, l'émail est dans l'état où il était.
C'est cette absence d'effraction qui sort l'acte du champ médical. Poser un strass n'est pas un acte de chirurgie dentaire, et ne relève donc pas du monopole des chirurgiens-dentistes. C'est aussi ce qui explique qu'aucun diplôme d'État n'encadre le métier : il n'y a pas de diplôme parce qu'il n'y a pas d'acte médical.
Les deux zones grises, nommées
Trop de contenus sur le sujet affirment « aucune qualification requise » et s'arrêtent là. C'est confortable et c'est incomplet.
1. La qualification artisanale
La loi du 5 juillet 1996 impose une qualification · CAP ou BEP esthétique, ou trois ans d'expérience professionnelle, pour exercer « les soins esthétiques à la personne autres que médicaux et paramédicaux ».
La pose de bijou dentaire entre-t-elle dans cette catégorie ? Le texte ne la nomme pas, elle n'existait pas commercialement à l'époque. Deux lectures coexistent : soit c'est un soin esthétique à la personne et la qualification s'applique, soit c'est de la pose d'accessoire et elle n'a rien à y voir.
Personne ne peut trancher à ta place, et surtout pas un article de blog. Pose la question par écrit à la chambre de métiers et de l'artisanat de ton département avant de déclarer ton activité, et garde la réponse. Une réponse écrite d'un organisme compétent vaut mieux que la certitude d'un forum.
2. Le mordançage
Le protocole historique du bijou dentaire est emprunté à l'orthodontie : gel d'acide orthophosphorique à 37 % pour créer la rugosité d'accroche, puis bonding, puis composite. Ce protocole attaque l'émail, c'est son principe même.
Appliquer un acide sur une dent commence à ressembler à un acte qui touche l'intégrité du tissu, et c'est là que l'argument « ce n'est pas médical » s'affaiblit. Nous avons choisi le primer non-mordançant dès le départ, et pas seulement pour le confort de la cliente : c'est ce qui nous permet d'écrire « sans acide » partout sur ce site sans mentir, et de rester sans ambiguïté dans le champ cosmétique.
Si tu débutes, débute sans acide. Tu n'auras pas à revenir en arrière.
Les quatre chantiers du lancement
Le statut
La micro-entreprise couvre la quasi-totalité des lancements. Déclaration en ligne, gratuite, code NAF 96.02B en pratique. En franchise en base de TVA, tu ne factures pas de TVA jusqu'à 37 500 € de prestations de services, au-delà tu bascules, et ton prix affiché prend 20 %.
Le détail qui piège : si tu revends aussi du matériel ou des cristaux, tu as une activité mixte, avec deux seuils et deux abattements différents. C'est traité dans l'article sur le statut.
Le matériel
Moins cher qu'on ne le croit. Le poste principal est la lampe de polymérisation ; le consommable est marginal rapporté au nombre de poses. La liste complète est ici.
Le vrai investissement n'est pas là. Il est dans les cinquante premières poses que tu feras sur des modèles en dentisterie, sur toi-même, sur des proches prévenus, avant la première cliente payante.
L'assurance
Pas d'obligation légale pour cette activité, contrairement aux professions réglementées. Et pourtant : tu interviens sur le corps de quelqu'un d'autre. Une gencive irritée, une pierre avalée, une cliente qui estime que sa dent a souffert sans RC professionnelle, ça se règle sur ton patrimoine personnel.
Compte 150 à 400 € par an. C'est le poste sur lequel il ne faut pas arbitrer.
Les tarifs
Tu vas être tentée de te positionner bas pour démarrer. C'est l'erreur la plus coûteuse du métier, et elle est difficile à rattraper, remonter ses prix devant une clientèle acquise à 10 € est plus dur que de démarrer à 20 €. Le calcul détaillé est ici.
Ce qu'on ne te dira pas ailleurs
La formation payante n'est pas obligatoire. Beaucoup d'organismes vendent des « certifications » qui n'ont aucune valeur officielle, parce qu'aucun référentiel officiel n'existe. Une formation peut être excellente, pour le geste, la gestion du saignement gingival, la lecture d'une occlusion, mais son attestation ne te donne aucun droit que tu n'avais pas déjà. Paye pour la compétence, jamais pour le papier.
Le geste s'apprend en semaines, pas en jours. Isoler la dent, sécher correctement, doser le composite, positionner à la pince sans faire pivoter la pierre, polymériser au bon angle, polir les bords, contrôler l'occlusion. Une formation d'une journée te montre la séquence. Elle ne te donne pas la main.
Ta première clientèle vient de ta bouche. Littéralement : porte tes propres poses, photographie-les, montre la tenue à trois mois et à un an. Personne ne fait confiance à une poseuse qui n'en porte pas.
Par où commencer, concrètement
- Écris à ta chambre de métiers sur la question de la qualification. Attends la réponse avant de déclarer.
- Déclare la micro-entreprise une fois la réponse obtenue.
- Souscris la RC professionnelle avant la première pose payante.
- Achète le matériel, en primer non-mordançant.
- Fais cinquante poses non payantes.
- Fixe tes tarifs à un niveau tenable, pas à un niveau d'appel.
Les étapes 1 à 4 tiennent en trois semaines. L'étape 5 est celle qui fait la différence entre une poseuse et quelqu'un qui a acheté une lampe.
